Des études méditerranéennes à la Délégation de l'Union européenne au Sénégal


Entretien avec Charel Jans sur son profil professionnel d'Attaché politique (JPD) à la Délégation de l'Union européenne au Sénégal et comment son expérience d'études internationales et interculturelles au CIFE a contribué à le préparer à son métier. 

 

Charel Jans travaille comme Attaché politique (JPD) à la Délégation de l'Union européenne au Sénégal. il est un Ancien du Diplôme de hautes études européennes et internationales - Études méditerranéennes au CIFE.

Charel Jans, Attaché politique (JPD) à la Délégation de l'Union européenne au Sénégal et ancien étudiant du Diplôme de hautes études européennes et internationales - Études méditerranéennes au CIFE, nous livre réflexions sur son activité professionnelle et revient sur son expérience d'études au CIFE.

Quelles sont les priorités de la coopération entre l'UE et le Sénégal ?

La coopération entre l’Union européenne et le Sénégal est un partenariat structuré et multidimensionnel couvrant plusieurs domaines politiques clés. L’approche « Team Europe » constitue un élément central de cette relation : elle rassemble l’Union européenne, la Banque européenne d’investissement et les États membres de l’UE présents au Sénégal afin de coordonner leurs actions et d’optimiser leur impact. Ce cadre soutient les priorités nationales de développement du Sénégal telles qu’elles sont définies dans le programme « Vision Sénégal 2050 ».

Les principaux objectifs de ce partenariat s’articulent autour de trois domaines interdépendants. Le premier concerne le développement économique inclusif, axé sur la croissance, la création d’emplois et le soutien aux petites et moyennes entreprises. Le deuxième porte sur le capital humain, notamment par le biais de l’éducation et de la formation professionnelle, afin de mieux adapter les compétences aux besoins du marché du travail. Le troisième domaine est axé sur le développement structurel, notamment la gouvernance, l’amélioration de la réglementation, les infrastructures et la transition énergétique, autant d’éléments essentiels à la durabilité à long terme.

Au-delà de ces priorités, un aspect important du partenariat consiste à garantir la cohérence entre les objectifs de l'UE et le programme national de développement du Sénégal. Dans un contexte international en mutation, cela nécessite également de maintenir une relation équilibrée et pragmatique, qui produise des résultats concrets et favorise la stabilité, tout en tenant compte à la fois des besoins en matière de développement et de considérations politiques plus larges.
 

Quel est votre rôle principal au sein de la délégation ?

Mes principales fonctions au sein de la Délégation de l’Union européenne s’exercent au sein de la section « Politique, presse et information » (PPI). À ce titre, je contribue au travail d’analyse de la délégation, notamment par la préparation et la rédaction de rapports politiques sur les principaux développements au Sénégal. Ces rapports visent à fournir une vue d’ensemble claire et structurée de la situation politique et de son incidence sur l’engagement de l’UE dans le pays.

Une partie importante de mon travail porte sur les questions liées à la stabilité et à la sécurité, ainsi qu’à la migration, des domaines dans lesquels je suis particulièrement impliqué. Cela consiste notamment à suivre les évolutions politiques, institutionnelles et socio-économiques pertinentes au Sénégal, ainsi qu’à surveiller la situation sécuritaire dans les pays voisins et à évaluer les risques potentiels et les retombées pour le Sénégal. L’objectif est de favoriser une meilleure compréhension du contexte régional plus large dans lequel s’inscrivent les relations entre l’UE et le Sénégal.

En outre, je contribue à l’élaboration de notes d’information internes et d’analyses destinées à éclairer les travaux de la délégation et à garantir que la prise de décision repose sur des informations actualisées et bien structurées. Cela implique notamment de synthétiser des informations provenant de différentes sources et de les présenter de manière claire et accessible. Globalement, ce poste offre une immersion directe dans le fonctionnement de l’action extérieure de l’UE au niveau national et dans les processus analytiques qui la sous-tendent dans la pratique.
 

En quoi votre travail contribue-t-il à ces priorités ?

Ma contribution à ces priorités consiste principalement à aider la délégation à mieux comprendre le contexte politique et social dans lequel s’inscrit la coopération entre l’UE et le Sénégal. Si les rapports politiques constituent une partie importante de mon travail, j’accorde une importance tout aussi grande au maintien d’échanges réguliers avec un large éventail de parties prenantes. Parmi celles-ci figurent des organisations de la société civile, des chercheurs, des partenaires internationaux et d’autres acteurs engagés dans les affaires publiques. Ces interactions fournissent des informations précieuses sur la manière dont les évolutions sont perçues sur le terrain et contribuent à une meilleure compréhension des défis et des opportunités auxquels le pays est confronté.

Par ailleurs, nous entretenons des échanges réguliers avec les représentants des États membres de l’UE présents au Sénégal. Ces discussions facilitent le partage d’informations et de points de vue sur l’actualité et favorisent une compréhension commune du contexte politique. Cela reflète également l’approche « Team Europe » adoptée par les États membres de l’UE présents au Sénégal, qui vise à promouvoir la coordination et le partage d’informations afin d’assurer une plus grande cohérence dans l’analyse et l’action sur le terrain.
Grâce à ces différentes formes d’engagement, la collecte et l’analyse d’informations sont facilitées, ce qui contribue à une compréhension plus complète des enjeux liés à la gouvernance, à la stabilité, à la sécurité et aux migrations. Cela permet ensuite d’éclairer l’action globale de la délégation et son engagement auprès du Sénégal.
 

Au cours de votre programme au CIFE, vous avez passé trois semaines à Dakar et au Sénégal. Cela vous a-t-il aidé à mieux comprendre les réalités du terrain ?

Le séjour au Sénégal dans le cadre de mes études au CIFE m’a permis d’acquérir une compréhension plus concrète des réalités sur le terrain. Il m’a offert un contact direct avec le contexte politique et social, ce qui a complété et renforcé la perspective académique du programme.

Concrètement, cela m’a permis de mieux comprendre comment les dynamiques politiques, économiques et sociales sont vécues sur le terrain et comment elles interagissent au-delà des cadres théoriques. Ce type d’expérience de terrain a apporté une profondeur qu’il aurait été difficile d’acquérir uniquement par le biais d’études universitaires.

La collaboration avec le partenaire du CIFE, le Groupe Supdeco, s’est également avérée particulièrement enrichissante du point de vue étudiant. Tant au Sénégal qu’en Gambie, le fait de partager les salles de cours avec des étudiants du pays a créé une occasion précieuse d’échanger des points de vue sur les réalités locales et les défis quotidiens. Ces discussions ont ajouté une dimension pratique importante au contenu académique et ont permis de mieux comprendre les différentes perspectives sur le terrain.

Sur un plan plus personnel, il est également saisissant de penser que j’ai visité la délégation de l’UE au Sénégal en tant qu’étudiant pendant mes études et que, aujourd’hui, un an plus tard, je travaille dans ce même environnement. De nombreux programmes universitaires offrent de solides bases théoriques, mais manquent souvent de ce type d’expérience pratique prolongée. Dans ce cas précis, la combinaison de plusieurs lieux d’études et d’un long voyage d’étude au Sénégal et en Gambie a permis d’établir un lien solide entre la théorie et la pratique.
 

Dans quelle mesure votre parcours académique au CIFE vous a aidé dans votre fonction actuelle ? 

Le programme du CIFE m’a apporté une solide base interdisciplinaire qui reste pertinente dans le cadre de mes fonctions actuelles, notamment grâce à la combinaison d’études régionales, d’analyses politiques et d’approches appliquées des affaires internationales. L’un de ses principaux atouts résidait dans la diversité des thèmes abordés au sein du programme d’études méditerranéennes, qui m’a permis d’acquérir une compréhension globale des défis politiques, économiques et sociaux auxquels la région est confrontée.

Ce programme m’a notamment permis d’approfondir ma compréhension de la coopération au développement et des migrations, deux thèmes qui sont au cœur de mon travail actuel. Les migrations ont également constitué le sujet central de mon mémoire, qui portait sur la gouvernance migratoire et la diplomatie migratoire dans le contexte des relations entre l’Union européenne et la Tunisie. Cette expérience de recherche m’a permis de développer une compréhension plus nuancée des migrations en tant qu’enjeu à la fois de politique intérieure et de politique étrangère, ce qui est particulièrement pertinent étant donné que les migrations restent une dimension importante de l’engagement de l’Union européenne auprès du Sénégal. 

Au-delà du contenu académique, la structure même du programme constituait une excellente préparation au travail dans un environnement international. La rotation régulière entre différents lieux d’études obligeait les étudiants à s’adapter en permanence à de nouveaux pays, cultures, cadres institutionnels et habitudes de travail. Plus généralement, le fait d’avoir étudié et vécu dans plusieurs pays tout au long de mon parcours universitaire m’a permis de m’adapter plus facilement à un nouvel environnement professionnel et culturel au Sénégal. Cette expérience a favorisé l’ouverture d’esprit, la capacité d’adaptation et l’aptitude à se familiariser rapidement avec de nouveaux contextes – des qualités qui se sont révélées précieuses tant sur le plan personnel que professionnel.

Plus généralement, le programme nous a encouragés à aborder les enjeux régionaux et internationaux sous différents angles et à comprendre les liens entre les réalités locales et les dynamiques géopolitiques plus larges. Cette façon de penser s’est avérée particulièrement utile dans mes fonctions actuelles, où les évolutions politiques doivent souvent être analysées non seulement dans un contexte national, mais aussi à la lumière de leurs implications régionales et internationales.

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