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ALEXANDRE MARC

Alexandre MARC

fondateur-président d'honneur du Centre international de Formation européenne

Odessa, le 19 janvier 1904 - Vence, le 22 février 2000

 

Denis de Rougemont, Alexandre Marc et le théologien protestant Karl Barth en 1934

Alexandre Marc en 1947 à Vaucresson (France)

Alexandre Marc enseignant à Aoste en 1994

 

 

Alexandre Marc : un pionnier du fédéralisme européen
par
Bernard Voyenne

Mort à Vence (Alpes-Maritimes) mardi 22 février 2000 dans sa quatre-vingt-dix-septième année, Alexandre Marc était l'un des pionniers de la construction européenne. Chef de file de la tendance fédéraliste dite « intégrale », il en fut le théoricien et le meilleur propagandiste.

D'une famille de juifs russes éloignés de toute pratique religieuse, il était né à Odessa le 1er février 1904 et, encore adolescent, participa au mouvement socialiste-révolutionnaire. En 1919, le jeune Aleksandre Marcovitch Lipiansky suit ses parents en Allemagne, puis à Paris où, d'emblée, il se tint pour pleinement français. Fidèle à la vocation qui ne le quittera plus, il fonde en 1931 le cercle d'inspiration œcuménique qui donnera naissance au groupe, puis à la revue, l'Ordre Nouveau. C'est dans le manifeste rédigé à cette occasion que figure pour la première fois le qualificatif « personnaliste », dans le sens qu'il aura pour Emmanuel Mounier, aux côtés duquel Marc participa à la création de la revue Esprit.

La rencontre décisive de sa vie fut celle d'Arnaud Dandieu qui mettait la dernière main à son livre La Révolution nécessaire (rédigé en collaboration avec Robert Aron) et allait mourir prématurément peu après. Brisé, mais plus résolu que jamais à poursuivre l'œuvre commune, Marc se convertit au catholicisme et épouse Suzanne Jean, jeune protestante languedocienne, qui partagera toutes ses activités militantes et lui donnera quatre enfants.

Dans les années précédant la guerre, Marc est proche des dominicains réunis autour du père Boisselot et collabore à leurs publications, notamment La Vie intellectuelle. Il publie en 1933 son premier livre, Jeune Europe, qui démonte la redoutable séduction des régimes totalitaires. Sa pensée libertaire et dialectique se constitue alors dans le sillage de Proudhon et de Péguy (sur lequel il écrira un « cahier » très engagé, publié à Marseille en 1941).

Actif dans la Résistance dès l'été 1940, il réside alors à Aix-en-Provence où l'avait attiré notamment la présence du philosophe Maurice Blondel. Menacé d'arrestation, il s'abrite en Suisse, au début de 1943. De là seront établis les premiers contacts qui, avant même la Libération, jetteront les bases de l'Union européenne des fédéralistes dont Marc sera en 1946 le premier secrétaire général. Paru deux ans plus tard, son livre A hauteur d'homme, la Révolution fédéraliste trace le programme d'une Europe qui, loin de se limiter à une alliance défensive d'États, devra transformer de fond en comble les pays d'Europe et la société humaine en général.
La même année 1948 se tient l'historique Congrès de La Haye, dont Marc avait réclamé la tenue, sous le nom d'états généraux de l'Europe. Avec son ami Denis de Rougemont, il y est le porte-parole des opposants à « l'unionisme » churchillien pour démontrer que, sans des abandons de souveraineté limités mais réels, ce que l'on prétend construire sera bâti sur du sable. La même idée-force inspirera au début des années 60 le Congrès du peuple européen dont Marc est, avec le futur commissaire européen Altiero Spinelli, l'un des animateurs.
Tirant la leçon des échecs subis par une certaine forme d'agitation politique, Marc prendra ensuite ses distances pour se consacrer à la préparation de militants. Dans ce but, il fonde en 1954 le Centre international de Formation européenne (C.I.F.E.) qui, avec ses prolongements du Collège universitaire d'Études fédéralistes d'Aoste et de l'Institut européen des hautes Études internationales (I.E.H.E.I.) de Nice, a vu passer plus de 20 000 stagiaires et étudiants.

Inlassablement, Alexandre Marc fut l'exemple même de l'union de la pensée et de l'action qui était au cœur de sa philosophie. Ceux qui l'ont approché restent à jamais marqués par son empreinte. L'avenir lui donnera toute sa place parmi ceux qui ont inspiré l'entreprise sans doute la plus déterminante du siècle qui s'achève, et prépare l'avenir.

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