Résumé
Cet article avance qu'une guerre commerciale entre l'UE et la Chine reviendrait à confondre les symptômes de la faiblesse économique avec leurs causes. L'inquiétude croissante de l'Europe face à la concurrence chinoise reflète des préoccupations légitimes concernant les subventions et les distorsions du marché, mais elle met également en évidence des problèmes de productivité, de coûts énergétiques, d'investissement et de compétitivité industrielle que les droits de douane ne peuvent résoudre. La Chine est confrontée à l’image miroir de ce dilemme. La faiblesse de la demande intérieure et un modèle de croissance fortement axé sur l’investissement ont rendu l’industrie manufacturière et les exportations de plus en plus importantes, mais la pression étrangère ne peut imposer une restructuration rapide de ce modèle. Les dernières négociations entre l’UE et la Chine révèlent clairement cette asymétrie : Pékin peut plus facilement traduire des décisions politiques en contraintes administratives imposées aux exportateurs, tandis que Bruxelles doit concilier les intérêts divergents des États membres. Cela confère à la Chine une plus grande souplesse tactique, même si ses vulnérabilités économiques profondes persistent. L’expérience de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine montre où mène cette voie. Bien que les restrictions commerciales puissent réorienter les échanges, modifier les chaînes d’approvisionnement et redistribuer les pertes, elles ne peuvent pas corriger les déséquilibres structurels. L’Europe a donc peu à gagner à reproduire l’expérience américaine. La voie la plus durable consiste à gérer les frictions commerciales tout en permettant aux deux parties de s’attaquer aux problèmes internes qui ont rendu cette confrontation envisageable au départ.