Suivre les négociations de l'UE en temps réel

 

Paul Culley est tuteur et formateur, avec une longue expérience au sein du Conseil des ministres de l'UE où il a conseillé et informé les ministres et les diplomates responsables de la présidence du Conseil.
Au CIFE, il est tuteur de quatre programmes de niveau Master.

 


Comment décririez-vous la situation actuelle de l'emploi pour une personne diplômée en 2020 et qui aspire à travailler dans une institution européenne ou internationale ? Quel pourrait être le « petit plus » qui pourrait convaincre un employeur d'opter pour elle/ lui ?
Lorsque les employeurs sélectionnent des personnes pour un emploi ou un stage, ils ne tiennent pas seulement compte des qualifications académiques et des compétences linguistiques, mais aussi des compétences pratiques. Il est triste, mais vrai, que les organisations veulent engager des stagiaires et du personnel qui seront opérationnels, presque dès la première semaine. Elles examinent un CV et se demandent à quelle vitesse cette personne passerait du monde universitaire au monde du travail. Le mot d'ordre est l’« employabilité ». Au CIFE, nos cours de compétences professionnelles s'apparentent à une formation professionnelle. Nous espérons que nos diplômés obtiendront un score élevé en matière d'« employabilité ».

Quels sont les profils des étudiants du CIFE, à quel type de carrière se préparent-ils ?
Les étudiants du CIFE viennent du monde entier, la plupart ayant un profil multilingue ou du moins bilingue. Nos étudiants ont pour objectif de travailler dans le cadre de la politique européenne ou internationale dans une institution publique (institutions européennes ou internationales, ou dans une administration nationale chargée des affaires internationales) ou dans un organisme de la société civile (notamment dans les domaines de l'environnement, des droits de l'homme ou du commerce) ou dans un organisme d'affaires publiques (représentant les intérêts d'une région géographique ou d'un secteur économique) ou dans les médias spécialisés. Nombreux sont ceux qui s'intéressent à Bruxelles/Luxembourg, mais aussi à Rome, Vienne ou Genève, qui sont toutes des plaques tournantes de la politique internationale.

Au CIFE, vous êtes tuteur du module « Compétences professionnelles », plus précisément vous enseignez le « Suivi en temps réel des politiques de l'UE ». Qu'est-ce que cela signifie ?
Je ne suis pas un conférencier, mais un tuteur ou un formateur. Notre programme vise à développer les principales compétences dont les étudiants auraient besoin au cours des premières semaines et des premiers mois de leur emploi ou de leur stage.  Il donne une impulsion pour leur carrière. Nous suivons les négociations de l'UE, en temps réel, sur un sujet précis pendant environ six mois. Nous apprenons à voir l'angle politique (la « vue satellite ») mais nous entrons aussi dans les détails techniques (la « vue de rue »). Nous apprenons à recueillir des informations à partir de sources ouvertes, allant des documents officiels aux informations de dernière minute et aux fuites sur les réseaux sociaux. Nous apprenons à analyser ce que nous trouvons - en particulier à identifier la sous-intrigue / les messages subliminaux. Plus important encore, nous apprenons à rédiger des notes d'information courtes et précises comme si nous étions amenés à briefer un parlementaire, un ambassadeur ou le directeur d'un organisme de la société civile

Comment cela fonctionne-t-il dans la réalité ?
Comme ceci :

  • Vous choisissez une proposition législative actuelle que la Commission a mise sur la table du Parlement et du Conseil européen
  • Vous développez votre propre boîte à outils pour suivre les négociations (sources d'information à vérifier chaque semaine).  Qui sont les décideurs, les parties prenantes, les influenceurs ?
  • Vous apprenez à suivre la procédure législative européenne la plus courante (appelée « codécision »), dont la plupart suit une procédure informelle que vous pouvez suivre si vous savez où chercher. C'est la partie la plus « geek » du cours, mais elle vous permet également d'acquérir les compétences d’employabilité les plus utiles.
  • Vous apprenez à rédiger deux ou trois des « outils » les plus courants des conseillers politiques : les fiches d'information, les notes de synthèse et les fiches de suivi des procédures. Vous les mettez à jour entre nos sessions au fur et à mesure que la négociation progresse. Si vous les montrez lors d'un entretien d'embauche, certains recruteurs seront très impressionnés par votre « employabilité ».

Quelles sont les questions spécifiques que vous suivez ?
Nous avons généralement plusieurs groupes - environnement/climat, marché unique/numérique, affaires internes/juridiques, consommation. Plus précisément, des étudiants récents ont suivi les négociations sur les émissions de CO2 des voitures, le financement « vert » durable, la qualité de l'eau potable, l'étiquetage des pneus pour l'efficacité énergétique, les nouveaux programmes ErasmusPlus et Creative Europe, le contenu terroriste en ligne, la vie privée en ligne, la réforme des droits d'auteur. À l'automne 2020, nous suivrons certainement des dossiers dans le cadre du « pacte vert » de l'UE (comme la loi sur le climat), dans l'économie circulaire, dans le domaine des services numériques, de l'économie des données et de la protection des données. Nous aborderons également les enjeux de l'économie post-Covid.

Pour résumer, quel est, selon vous, le principal avantage pour les participants à votre module ?
Tout d'abord, les étudiants acquièrent des compétences et une expertise commercialisables - recherche, analyse et rédaction. Je suis un « praticien de la politique » et je partage mon savoir. Deuxièmement, chaque étudiant développe une boîte à outils (contacts, sources d'information et commentaires) pour un secteur qui l'intéresse. Ils construisent cette boîte à outils en 5 ou 6 mois et celle-ci est elle-même commercialisable. Troisièmement, ils « apprennent en faisant », de sorte que les procédures et le jargon de l'UE ne sont plus un mystère pour eux. S'ils arrivent à Bruxelles, ils auront presque immédiatement l'air d'une « personne locale » ! S'ils arrivent ailleurs, ils auront l'air d'un « initié de l'UE » !

 

 

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