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Prendre part au mouvement pour le changement systémique
 

Entretien avec Joanna Sullivan sur les outils et techniques permettant de mobiliser le sentiment public derrière l'ambition de la politique climatique, le rééquilibrage des structures de pouvoir et les possibilités d'emploi pour la prochaine génération de diplomates audacieux et de champions du climat.  
A l'occasion de son cours pour les étudiants du Joint Master in EU Trade and Climate Diplomacy à Berlin.

 

Joanna Sullivan 
Joanna est une diplomate de la durabilité, conférencière et animatrice. Fondatrice et PDG de Conscience Consulting, elle conseille les institutions, l'industrie et les groupes d'intérêt public sur la politique climatique, le positionnement et l'engagement.
Joanna est une ancienne du CIFE, elle a obtenu son diplôme en 1987. 


 

Au CIFE, vous allez donner un cours à nos étudiants du Joint Master in EU Trade and Climate Diplomacy sur « les formes innovatives de l’action collaborative dans la société digitale ». Pouvez-vous nous en dire plus sur les grandes lignes de ce cours ? Peut-être nous donner un ou deux exemples concrets ?  
Ce Joint Master est hautement innovant. Deux des plus grands défis globaux, l’équité dans le commerce et la crise climatique, sont traités au prisme de la diplomatie. Mon cours décortique les outils et les techniques pour mobiliser le sentiment public derrière les ambitions de politiques climatiques, proposant une perspective à 360° sur les campagnes de plaidoyer numérique liées au climat et partageant les success stories de la diplomatie climatique. Les étudiants auront l’opportunité d’entendre deux conférenciers invités, Nico Muzi, Directeur européen du groupe Mighty Earth et Laura Maanavilja de la Commission Européenne où elle est responsable de la communication à propos du pacte climatique de l’UE. Ces études de cas de diplomatie climatique en action vont amener un matériau riche aux missions des étudiants. La politique climatique est plus que l’énergie et le transport, il s’agit aussi de déforestation, de développement, de système alimentaire mondiale, de politiques commerciales, de justice sociale et bien plus encore. Les étudiants vont apprendre l’intersectionnalité des politiques perpétuant la crise climatique et comment être part du mouvement pour le changement systémique.  

Vous avez étudié au CIFE dans les années 1980, lorsque l’institut était appelé Institut Européen des Hautes Etudes Internationales. Quelles leçons apprises durant ces études ont été les plus précieuses à votre parcours professionnel ? 
Pour moi qui venais du système britannique, le plus grand changement a été la focale portée sur la communication orale par opposition à la communication écrite. Devoir articuler les complexités de la politique de l’UE dans une seconde langue a été un vrai challenge pour une jeune femme qui, avant Nice, n’avait jamais vécu à l’étranger. Avoir des conférences de professionnels travaillant dans et autour des institutions européennes m’a apporté un vrai aperçu de ce que pourrait être la vie professionnelle. En effet, c’est mon passage par l’institut européen qui m’a amené à avoir mon premier travail au sein du Parlement Européen, juste après la chute du Mur de Berlin et alors que l’Europe était emplie d’une vague d’optimisme qui a duré jusqu’au milieu des années 1990.

Et quel conseil pourriez-vous donner aux étudiants d’aujourd’hui dans les brumes de la pandémie et faisant face à un futur professionnel plein d’incertitudes ? 
Chaque génération fait face à ses incertitudes et celles-ci sont pires ou moins importantes selon où l’on se trouve dans le monde, selon votre milieu socio-économique et les défis personnels auxquels vous ferez face. Le monde d’aujourd’hui est d’une incertitude sans pareil, mais offre des opportunités pour des esprits jeunes et frais et a désespérément besoin de penser ensemble pour relever les défis complexes de la santé, du climat et du commerce, pour que les pays puissent mieux se reconstruire après cette crise. Les gouvernements, institutions, agences, entreprises et la société civile ont tous besoin d’aide pour jouer leur rôle dans le traitement de ces questions dans une collaboration constructive. Ils ont besoins de diplomates audacieux, de champions du climat et d’activistes assumés pour aider à sortir des vieux modèles de pensée. Nous devons apprendre de la pandémie et créer un meilleur lendemain peu importe le secteur dans lequel nous travaillons, en embauchant des jeunes pour remettre en cause le status quo.

Le journal « Le Monde » vous a récemment définie comme une « pionnière dans le lobbysme étique à Bruxelles ». Pouvez-vous nous dire dans quel sens le lobbying peut être éthique et quand même représenter les intérêts des entreprises ? Ou comment les stratégies des entreprises et la protection de l’environnement peuvent réellement s’accorder dans une situation gagnant-gagnant ?
Je suis engagée pour aider les entreprises qui veulent vraiment contribuer à rendre la planète meilleure.  Les entreprises ont un rôle critique à jouer dans le changement systémique, étant à la pointe de l’innovation, poussant pour des politiques ambitieuses, amenant un leadership et permettant à d’autres acteurs économiques de faire les changements qui sont nécessaires pour le bien de l’environnement et de la santé. Prenez par exemple les fabricants de bioprotection, l’alternative biologique aux pesticides chimiques. Ils sont une part essentielle de la solution qu’est l’agroécologie, une agriculture respectueuse de l’environnement et de la biodiversité. Je les aide à faire passer leur message au bon moment à la bonne personne dans le processus politique européen. Ou pour un autre client, Tetra Pak, une entreprise qui se dédie à inventer les cartons alimentaires les plus durables, renouvelables, faits exclusivement de matériaux organiques conformément aux ambitions du Green Deal de l’Union Européenne à savoir devenir leader dans la décarbonisation basée sur des procédés naturels.  

J’ai travaillé avec des ONG pendant plus de 20 ans, les aidant à construire des coalitions pour de bon sur des questions critiques comme l’Organisation Mondiale du Commerce, les OGM, les produits chimiques et le climat, l’agriculture et la nourriture, la transparence et l’équité des taxes, former les politiques de l’UE en y engageant le public. Aujourd’hui, il est temps pour les entreprises de se lever et de prendre la tête d’un changement de leur activité pour être part du futur, ou bien être vouées à l’échec. Elles ont besoin du meilleur esprit-ruche pour les aider à réussir. Aider les ONG et les entreprises à travailler ensemble pour le meilleur est quelque chose que j’adore faire. En somme,c’est construire des ponts pour la collaboration.

Vous avez travaillé et agi pour le développement durable depuis 30 ans, conseillant des institutions, l’industrie, les groupes d’intérêts public sur la politique climatique sur comment se positionner ou s’engager. Quand vous avez commencé, plaider pour le développement durable n’était pas encore une chose courante. Aujourd’hui, la jeune génération est avide de changements radicaux. Est-ce que ce développement vous rend optimiste ? 
La diplomatie climatique est requise plus que jamais pour atténuer la crise climatique multidimensionnelle. Et la voix des jeunes a rendu honteux les dirigeants politiques et les dirigeants financiers et les a motivés à agir. Tout le monde a un intérêt à travailler pour le bien commun, pour un monde meilleur et plus sûr. Les économies, les gens et les générations futures souffrirons de schémas météorologiques de plus en plus instables, de sècheresses et d’inondations, de typhons ou feux de forêts si nous ne nous y mettons pas tous. J’ai confiance en cette prochaine génération pour continuer à accélérer et approfondir ce changement systémique.

Aujourd’hui, nous fêtons la Journée Internationale de la Femme. Avec votre longue expérience, comment voyez-vous le rôle des femmes dans la transformation de nos sociétés vers des sociétés plus justes et durables ? 
La marginalisation historique des femmes et les crises climatiques sont intrinsèquement liées. Il y a eu du progrès vers plus d’inclusion, mais la société est loin d’être équitable, et autour du monde, des centaines de millions de femmes et filles n’ont toujours pas de droits de bases. Et la crise climatique exacerbe leur détresse quotidienne.  

Mais aujourd’hui nous devrions célébrer les progrès auxquelles nous avons assisté : des femmes Premières Ministres de la Nouvelle-Zélande à la Finlande, une Présidente de l’UE et une vice-présidente des Etats-Unis, de jeunes femmes activistes et des femmes de couleurs qui prennent place aux tables de réunions des grands organismes de commerces. Nous avons tous à gagner à rééquilibrer les structures de pouvoir avec la diversité et l’inclusion.  

 

 

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