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BIOGRAPHIE

Biographie d'Alexandre MARC

Fondateur-président d'honneur du Centre international de Formation européenne

Notice biographique d'Alexandre Marc par Jean-Pierre Gouzy, L'Europe en Formation, n° 291, Hiver 1993-94, pp.7-14. 

Marc Alexandre (1904-2000)
Alexandre Marc, né Aleksander Markovitch Lipiansky à Odessa le 19 janvier 1904, quitte la Russie en 1918 et émigre avec ses parents en France au début de 1919, à la suite de la révolution bolchevique. Il fait des études secondaires au Lycée Saint-Louis à Paris, complétées par des études de philosophie à Iéna en 1923 et Fribourg-en-Brisgau, en 1924. Revenu à Paris, il étudie le droit et suit des cours à l'École Libre des Sciences Politiques dont il sera diplômé en 1927. Puis, jusqu'en 1930, il fera ses premières armes dans la vie professionnelle aux Éditions Classiques Hachette. Enfin, il séjournera à diverses reprises en Allemagne entre 1925 et 1930.

Les années 1930
En 1930, il fonda l'agence Pax-Press dont l'existence durera à peu près deux années. À l'automne, il participe à la Fondation du Club du Moulin Vert, rue du Moulin Vert, à Montparnasse. On y privilégiait les débats sur la religion et l'œcuménisme qui déboucheront sur une réflexion commune à propos de la crise de civilisation européenne.
« L'Ordre Nouveau » est issu des rencontres du Club du Moulin Vert quise tiennent dès la fin d'Octobre 1930. Un manifeste de « L'Ordre Nouveau », principalement rédigé par Alexandre Marc, est publié en 1931. Il est intitulé « Appel ». C'est aux environs de la fin de 1930 que ce dernier rencontre Arnaud Dandieu, jeune bibliothécaire à la bibliothèque nationale, qui prépare avec Robert Aron un livre sur la Décadence de la Nation Française publié en 1931. « La rencontre avec Dandieu a été, sans nul doute, l'une des plus importantes de ma vie », dira et écrira Alexandre Marc. Cette période parisienne est, par ailleurs, extrêmement féconde. Il collabore à de nombreuses publications, parmi lesquelles La Vie Intellectuelle, Sept, Temps Présent, Vendémiaire, la revue Plans qu'anime Philippe Lamour et surtout la revue Esprit à la fondation de laquelle il a été directement associé, avant d'être chargé auprès d'Emmanuel Mounier de sa diffusion internationale. À la fin de 1932, Alexandre Marc participe à la fondation de la IIIe Force de Georges Izard. Il collaborera également à la NRF, la Revue d'Allemagne, etc.

L'air du temps est à la crise de confiance dans le capitalisme libéral, qui suivit le krach de Wall Street. Ces « années trente » sont marquées par les illusions du briandisme, l'aveuglement des hommes d'État qui ne voyaient pas venir les périls totalitaires entre le Rhin et l'Oural. Les préoccupations d'Alexandre Marc se concentrent sur « le prolétariat » (Esprit), « la prise de conscience révolutionnaire » (Plans), « le Christianisme et la révolution spirituelle » (Esprit), la « jeunesse française face à l'Allemagne nouvelle » (la Revue du siècle).

Dans le bouillonnement général des idées de l'époque, Alexandre Marc ne limite pas son horizon aux cercles intellectuels parisiens, il multiplie les contacts avec les hommes de sa génération, pénétrés de la même inquiétude, en Grande-Bretagne (avec le groupe New Britain et la revue New Europe), en Espagne et en Belgique et plus encore en Allemagne où il rencontrera notamment Otto Strasser, un national-socialiste dissident, et surtout Harro Schulze-Boysen et le groupe des « Gegner » (« adversaires » qui refusaient le capitalisme libéral, l'étatisme, le fascisme). La plupart, comme les fondateurs de « L'Ordre Nouveau », se voulaient « ni de droite, ni de gauche » et s'opposaient aux totalitarismes, tout en s'affirmant « anticapitalistes », etc.

En Mai 1933, L'Ordre Nouveau fera paraître le premier numéro de sa propre revue. Commence alors une aventure à laquelle participera un équipe brillante, avec Alexandre Marc, Arnaud Dandieu, Daniel-Rops, Robert Aron, Claude Chevalley (qui deviendra un grand mathématicien), René Dupuis, Denis de Rougemont, Jean Jardin, notamment, et dès le début de 1935, Xavier de Lignac et Albert Olivier. C'est aussi en 1933 qu'Alexandre Marc publie en collaboration avec René Dupuis, son premier ouvrage Jeune Europe, composé de ses articles publiés dans La Nación (Buenos Aires), qui sera couronné par l'Académie Française. C'est encore en 1933 qu'Alexandre Marc se convertit au Catholicisme ; qu'il épouse Suzanne Jean qui deviendra sa compagne de toute une vie ; que Dandieu meurt prématurément à 36 ans. Enfin, c'est en 1933 que Hitler prend le pouvoir en Allemagne et que cet événement déterminant incite L'Ordre Nouveau à publier le 15 novembre de la même année une « lettre à Hitler », rédigée par Daniel-Rops et Alexandre Marc, mais dont l'anticonformisme fera scandale et provoquera la rupture avec Esprit et Emmanuel Mounier.

Le principal mérite de L'Ordre Nouveau est d'avoir développé les thèses d'un personnalisme radical. La généralisation des termes « personnes » et « personnalisme » doit être attribuée surtout à Rougemont et Marc (Mounier ayant toutefois grandement contribué à les diffuser et à les populariser). Comme le note Mary Jo Deering dans son ouvrage sur Denis de Rougemont, publié en 1991, ces notions étant apparues en Allemagne pendant les années 10 et 20, dans la psychologie « personnaliste » de William Stern et la philosophie de Max Scheler, il est « probable que ce soit Marc qui ait introduit ces termes » en France. L'Ordre Nouveau a défini progressivement une doctrine d'action qui rejette les tentations du réformisme, le pacifisme nébuleux, l'individualisme « atomistique », « l'État-Moloch », la condition prolétarienne, le nationalisme et l'internationalisme. Il proclame la primauté du spirituel, place le politique « au service du spirituel et de l'économique ». Il préconisera une nouvelle planification, le minimum vital (futur Minimum Social Garanti), le service civil, la réforme du crédit, une nouvelle Europe pour faire face, en tant que moyen, à une crise devenue globale. Pour Alexandre Marc, le fédéralisme est une vivante synthèse de la pensée personnaliste et du socialisme libertaire. À la crise globale, il oppose un fédéralisme « intégral ».

En mai 1934, Marc prend part à Paris à des « États Généraux de la Jeunesse ». À la fin de l'année, il s'installe dans le Midi, d'où il poursuivra ses diverses collaborations. Le dernier numéro de L'Ordre Nouveau paraîtra en Septembre 1938.

En 1939, il édite à Aix-en-Provence, une éphémère publication (Agir). Avec l'aide de son ami Bernard Voyenne, il créera, toujours à Aix-en-Provence, le CEDA (« Centre d'Études de Documentation et d'Action »). Mais l'Europe des « années trente » se meurt et la deuxième guerre mondiale survient, qui va bouleverser ses projets et sa destinée.

Les années 1940
En 1940, Alexandre Marc s'engage dans l'armée mais la défaite militaire française survenant, pendant les années sombres, il se consacrera à la Résistance qu'il s'efforce d'influencer dans le sens des idées fédéralistes.

En 1941, il publie Péguy présent à Marseille. Au début de 1943, il se réfugie en Suisse avec sa famille. Ce n'est qu'alors qu'il approfondit sa connaissance de Proudhon. Il publie successivement en 1945 Avènement de la France ouvrière, Traditions et aspirations des travailleurs français, à Porrentruy, en Suisse, et des Textes choisis de Proudhon.

Au printemps 1945, Alexandre Marc retrouve la France et Paris libéré. Il développe à nouveau une activité intense sur le plan journalistique. En 1946, il participe au lancement et à la diffusion des Cahiers du Monde Nouveau. Avec le R.P. Chaillet, l'un des héros de la Résistance Catholique, il fonde le Centre de Documentation « Nouvel Humanisme ». Mais surtout Alexandre Marc, après avoir participé à diverses rencontres européennes, deviendra en 1946, à l'occasion d'une réunion des représentants des divers mouvements fédéralistes qui sont apparus au lendemain de la guerre dans plusieurs pays d'Europe occidentale, le premier Secrétaire général de la nouvelle « Union Européenne des Fédéralistes » dont le fédéraliste personnaliste néerlandais Henri Brugmans présidera le bureau. L'UEF a vu le jour à Paris dans les locaux du principal mouvement fédéraliste français de l'époque « La Fédération », près de la Place de l'Opéra. C'est à Alexandre Marc qu'il revint de préparer la première manifestation publique des activités de l'UEF à Amsterdam en 1947. Sur le plan français, Alexandre Marc joue un rôle actif au sein de « la Fédération », mais également des « Cercles Fédéralistes et Socialistes » de Claude-Marcel Hytte et de ses amis syndicalistes. Il est également présent dans les groupements fédéralistes mondiaux, assurant notamment les contacts entre l'UEF et le Mouvement Universel pour une Confédération Mondiale (MUCM). Mais c'est au premier Congrès de l'UEF, à Montreux, du 27 au 31 août 1947, que le fédéralisme européen va s'épanouir pour la première fois sur les plans politiques, économiques et sociaux, devant des délégués venus de seize pays. Alexandre Marc a été l'artisan de ce vaste rassemblement bien qu'il ait quitté le secrétariat général de l'UEF un peu avant le Congrès, en juillet 1947 ; il fut, par ailleurs, avec Maurice Allais qui deviendra, plus de huit lustres après, Prix Nobel d'économie, l'auteur de la motion de politique économique du Congrès. C'est à Montreux également que Denis de Rougemont accentuera encore la présence des « non-conformistes des années 1930 » en présentant son rapport sur « L'attitude fédéraliste ». Après Montreux, Alexandre Marc continua à agir dans les instances supérieures de l'UEF comme Directeur du « Département institutionnel, politique, social, économique », fonction qu'il occupera jusqu'en 1953. Alexandre Marc publie Principes du Fédéralisme (livre écrit avec Robert Aron), et A hauteur d'Homme, la Révolution fédéraliste en 1948 ; il joue un rôle majeur dans la conception et la phase préparatoire du Congrès de l'Europe à la Haye, du 7 au 10 mai 1948, dont il a été un des instigateurs et un des rapporteurs sur la protection des droits et l'institution d'une Cour Suprême avec Denis de Rougemont, qui assiste le Président de la commission culturelle, Salvador de Madariaga.

En novembre 1948, lorsque l'UEF réunit son deuxième congrès à Rome, la question de sa dissolution est posée au profit du Mouvement Européen qui vient de se constituer. Marc s'opposera victorieusement à cette tentative. Cependant, tout en décidant Henry Frenay, un héros de la Résistance en France, à présider le comité central, Marc devra compter au sein de l'UEF avec de nouvelles forces, groupées derrière Altiero Spinelli, un fédéraliste qui se voulait exclusivement politique, et le Movimento Federalista Europeo dont le rôle ira croissant à partir de 1950. Pour Alexandre Marc, la période 1947, 1948, 1949 est particulièrement féconde sur le plan doctrinal. Citons : l'établissement de projets d'une Cour Suprême des Droits de l'Homme (à la base de textes adoptés par le Congrès de la Haye) ; de Constitution Mondiale (adoptée au Congrès Mondial de Luxembourg) ; de Constitution Européenne. Parallèlement, il développe une action en faveur d'un projet de Fédération des Centres universitaires européens. Un peu plus tard, Alexandre Marc fonde l'Institut Européen de l'Université de Turin et, après avoir rédigé un rapport d'ensemble sur la reconstruction culturelle pour la Conférence Générale de l'Unesco de Florence, il consacrera une bonne part de son énergie et de son temps au cours des années 1950 à la préparation et l'organisation d'un projet qui lui est cher depuis longtemps : la création d'une université internationale.

Les années 1950 aux années 1960
Alexandre Marc mène aussi, à cette époque, une intense activité européenne de conférencier et d'enseignant : aux sessions internationales de Royaumont, aux Universités de Mayence et de Francfort-sur-le-Main, au Centre des relations étrangères de Bad Dürkheim, au Collège Européen de Nancy, à celui de Tours, à l'Université Européenne de Strasbourg, sans parler de ses multiples tournées et conférences. Au camp de la Lorelei, de juillet à septembre 1951, Alexandre Marc est directeur des études du grand rassemblement de jeunes organisé par la Campagne Européenne de la Jeunesse. Il participe à la fondation du Conseil des Communes d'Europe ; peu après, il accepte de diriger le secrétariat de l'Association des Universitaires d'Europe, que préside Michel Mouskhely, professeur à l'Université de Strasbourg. En 1952, il se voit confier la direction du nouveau département des Études Fédéralistes de l'UEF. En 1952, toujours, alors qu'il est question de faire de la Sarre un district européen, il rencontre Guy Michaud, professeur à l'Université de la Sarre, séduit par le projet d'Université internationale. Un Centre Européen et de Documentation est installé à Sarrebrück, qui, dans l'esprit des ses fondateurs, doit en constituer un chaînon. Les échecs successifs des projets de Communauté politique supranationale et de la CED (1953, 1954) consacrèrent celui du projet de statut européen de la Sarre, le 23 octobre 1955, les Sarrois ayant choisi par référendum le rattachement à l'Allemagne. Pour autant, la collaboration de Guy Michaud et d'Alexandre Marc ne s'arrête pas là. En 1955, ils organisent, ensemble, le Congrès Universitaire Européen de Trieste qui connut un vif retentissement. Mais, surtout, ils agiront de concert des années durant, après la fondation du Centre International de Formation Européenne (CIFE) par Alexandre Marc et Guglielmo Usellini, Secrétaire Général de l'UEF, en décembre 1954. Avec le CIFE qui prolongea le projet d'université internationale, Alexandre Marc a rencontré, la cinquantaine passée, son véritable destin. Il va pouvoir, en effet, diriger durablement un Centre d'enseignement fédéraliste, avec un minimum de moyens lui permettant de grouper autour de lui une petite équipe d'amis compétents et convaincus.

En 1955, Alexandre Marc publie Civilisation en sursis. Dans ce livre, il dénonce notamment « l'inconsistance » de l'européanisme ; il rappelle que « l'Europe n'est pas une fin en soi ». C'est-à-dire que « l'unité à tout prix » n'a pas de sens ; il faut mener la tâche urgente de fondation d'une véritable fédération européenne, inséparable de la nécessaire révolution politique, économique et sociale qui lui permettra de répondre aux défis du monde contemporain. Telle est la pensée qui imprégnera l'enseignement du CIFE et de nouvelles générations de fédéralistes, dans de multiples séminaires ; qui inspirera Europe, Terre décisive (ouvrage paru en 1959) ; les session du Collège Universitaire d'Études Fédéralistes, créé à Aoste en 1961 et l'Institut Européen des Hautes Études Internationales de Nice à partir de 1964. Ces organismes sont toujours bien vivants après avoir contribué à sensibiliser des dizaines de milliers de stagiaires et formé des milliers d'étudiants et de cadres, donnant le jour à de nouvelles associations telles que l'association des enseignants européens, celle des journalistes européens, etc...

Au début des années 1960, Alexandre Marc poursuivra son action militante, fidèle à sa ligne de conduite (la pensée et l'action sont inséparables). Il sera avec Altiero Spinelli un des fondateurs et animateurs du Congrès du Peuple Européen, qui a constitué la seule véritable action révolutionnaire fédéraliste (cahiers de revendications) et populaire (élections primaires) après les échecs de « l'Europe supranationale » et le rejet des thèses « possibilistes ».

L'expérience du Congrès du peuple européen couvre la période 1955-1961 (le premier congrès se tient à Turin en 1957). Pour bien comprendre l'extraordinaire tentative du CPE, il faut lire « le combat fédéraliste », brochure publiée en 1957 et rééditée en 1993 par le CIFE de Rome.

Un autre événement marque l'action militante d'Alexandre Marc au début des années 1960 : le deuxième Congrès de Montreux (1964) et l'adoption, à cette occasion, d'une « Charte fédéraliste » à l'élaboration de laquelle coopèrent avec lui, notamment, Robert Aron, Claude-Marcel Hytte, Max Richard, André Philip, André Thiéry, André Voisin, Guy Héraud, Michel Mouskhely, Raymond Rifflet et Jean-Pierre Gouzy.

Les années 1960 furent, enfin, l'occasion d'un nouvel approfondissement de la doctrine fédéraliste dont les étapes sont visibles dans les articles et les études publiées régulièrement par la revue L'Europe en Formation, née en 1960 ; dans des ouvrages de Marc : Dialectique du Déchaînement, fondements philosophiques du Fédéralisme (1961), L'Europe dans le Monde (1965), De la Méthodologie à la Dialectique (1970) ; dans une excellente brochure L'Europe, pour quoi faire ? (publiée par le CIFE en 1962). En dehors de toute idéologie, le fédéralisme intégral affirme sa vocation englobante, contre « l'idole stato-nationale ». Quand éclatent les événements de Mai 1968, Alexandre Marc salue « l'explosion printanière », mais souligne aussi qu'il n'y aura pas de « révolution étudiante, sinon mystificatrice », sans « révolution de l'entreprise, de l'agriculture, des communes, des régions, des ethnies, sans une transformation libertaire », qu'il s'agisse de l'économique, du politique, du culturel et du social.
L'émergence du principe de « subsidiarité » dans les années 1960 (principe dont il sera si fortement question à nouveau avec le traité de Maastricht au début des années 1990) doit beaucoup aux débats sur les principes du fédéralisme à l'occasion de la Charte Fédéraliste. Sur le plan philosophique, Marc rejette la synthèse hégélienne, la dialectique de « l'enchaînement », de « l'aplatissement », de la « négation ». Cette synthèse hégélienne, dès lors qu'elle s'érige en totalité fermée, close, devient précisément « totalitaire ». Il pose, donc, les jalons, comme il l'écrit lui-même, qui aident à tracer la voie de la philosophie fédéraliste, dans ses ouvrages parus entre 1961 et 1970.

Et nunc ?
Dans les années 1970, 1980 et jusqu'à nos jours, Alexandre Marc a continué à consolider son œuvre. Il publiera un Péguy et le socialisme en 1973. Après avoir découvert les États-Unis au cours de différents voyages, il confiera au Centre de Recherches Européennes de Lausanne la publication de ses réflexions sur le thème Révolution Américaine, Révolution Européenne. Il écrira de nombreuses préfaces et postfaces ainsi qu'une brochure, en 1990, sur le Fédéralisme face au futur. Il collaborera régulièrement à L'Europe en Formation (Citons quelques articles : « Marx est mort », juin 1970 ; « Redécouverte du minimum garanti » et « Révolution nécessaire, révolution possible », février et septembre 1970 ; « Silence, menteurs », septembre 1974 ; « Propriété, socialisme, État », mai 1976 ; « Bakounine et Proudhon », novembre 1976 ; « Sommes-nous des lâches ? », avril 1977 ; « Pour en finir avec la psychanalyse », novembre 1979 ; « Après la mort de Sartre : un bilan globalement négatif », mai 1980 ; « De la malfaisance des intellocrates », printemps 1986 ; « MSG pour l'Europe », été 1987 ; « Le fédéralisme face aux idéologies », hiver 1988 ; « Pour en finir avec l'État », printemps 1992, etc...)

Mais Alexandre Marc n'est pas seulement un pamphlétaire, un journaliste, un écrivain, un philosophe, un militant, un animateur, un entraîneur d'hommes, un entrepreneur, un « inventeur du futur », un tribun ... Ce personnage multidimensionnel est aussi un enseignant exceptionnel qui a consacré des centaines de conférences, de cours, de séminaires à l'Europe, au personnalisme, au fédéralisme intégral, à la crise née de la révolution technicienne, à l'analyse des faits et des idées de son époque. Malgré les difficultés financières qu'il n'a pas pu toujours surmonter et la diversité de ses entreprises, le Centre International de Formation Européenne aujourd'hui dirigé par Ferdinand Kinsky, l'Institut Européen des Hautes Études Internationales dont le directeur est Claude Nigoul, L'Europe en Formation dont le rédacteur en chef est Arnaud Marc-Lipiansky, le Collège Universitaire d'Études Fédéralistes d'Aoste dont Mario Andrione, un des leaders historiques de l'Union Valdôtaine, a été le vigilant protecteur, ont maintenu et développé leur entreprise commune. Des sessions universitaires d'été se déroulent désormais sous l'égide du CIFE à Gauting en Bavière ; à Schloss Hofen en Autriche ; à Budapest, etc.

De plus, avec l'ouverture des pays d'Europe centrale et orientale, de nouveaux réseaux d'étudiants et d'enseignants du CIFE se sont créés, à l'Est de notre continent depuis 1990. L'année de son quatre-vingt-dixième anniversaire, Alexandre Marc sait que le combat fédéraliste demeure inachevé, mais il peut se dire aussi qu'il a bien travaillé depuis les années 1930 à la réalisation des objectifs qu'il s'était fixés.

 Jean-Pierre Gouzy.

[Alexandre MARC décède le 22 février 2000 à Vence, France]

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